Après l’accès public, accompagner l’écrit public ?
les réseaux n’est-ce pas d’abord des envies d’échanges, de rencontres ?
Six ans après l’ouverture par les collectivités locales des premiers lieux d’accès publics, l’accompagnement des usages reste un enjeu fort pour les 2/3 des habitants qui n’ont pas d’accés à domicile.
Le développement du web et du mél a posé la question de la lecture accompagnée (l’accés à).
La simplification des outils d’écriture sur le web, la disponibilité d’appareils multimédia rendent aujourd’hui possible l’écrit public mêlant textes, photos, son et images.
Et au moment où beaucoup parlent de favoriser dialogue, concertation et participation à la vie de la cité. N’est-il pas temps d’accompagner l’écrit public en le mettant à la portée de tous les groupes sociaux ?
Systèmes libres de publications (Spip ..) weblog, le monde des internautes n’a pas attendu les collectivités pour innover et inventer de nouveaux modes d’expression qui utilisent les réseaux pour échanger, mettre en commun, se rencontrer.
Comment allons nous valoriser les usages de ces outils porteurs de bien public, de lien social et de rencontres entre personnes ?
Voila quelques points que cet article propose d’ouvrir en attendant vos contributions.
Par la mise en œuvre de points d’accès public à internet ou d’espaces multimédia les collectivités locales ont voulu faciliter l’appropriation de ces outils de communication et d’accès à l’information. Les bibliothèques et les équipements de quartier (MPT, MJC, Centres sociaux, ...) ont d’ailleurs pris une place importante parmi ces lieux d’accueils.
Aujourd’hui lorsque 40% des familles n’ont pas d’ordinateur et les 2/3 n’ont pas d’accès internet, cet accompagnement public reste une priorité. Avec la multiplication des services disponibles, l’exclusion ressentie par celles et ceux qui n’ont pas accès s’accroît. L’écart entre l’enfant accompagné par sa famille qui sait rechercher des informations pour son travail scolaire, ses loisirs et celui qui ne peux y accéder est injuste.
Multiplier les lieux d’accès accompagnés dans tous les lieux ordinaires de service public est un besoin réel [1] souvent laissé de côté. Sous-préfectures, ANPE, CCAS, mairies, CAF chacun a responsabilité de le mettre en place.
Et pourtant ce chantier à peine engagé est mis en danger. Des milliers de médiateurs recrutés sous statut emploi-jeunes sont aujourd’hui dans l’incertitude. L’arrêt annoncé du co-financement par l’état remet en cause le travail, l’implication personnelle de milliers de jeunes enthousiastes. Au moment du discours sur la fracture numérique il est urgent qu’une solution soit trouvée pour pérenniser l’accompagnement de l’accès public.
Et pourtant, c’est d’un autre chantier à accompagner par les collectivités territoriales, celui de l’écrit public dont je voudrais vous parler. Parce que l’accès public n’est qu’un moyen, qu’une étape dans les usages des outils des sociétés de l’information.
Dans une analogie qu’il faudrait approfondir, apprendre à lire est indispensable pour travailler, étudier, s’orienter, comprendre le monde mais être membre de la société humaine demande aussi de savoir et d’avoir l’envie et l’occasion d’écrire. Participer à la vie de la cité c’est aussi être écouté, débattre et pouvoir utiliser pour cela l’écrit privé et public.
Il n’est venu à l’idée de personne de séparer la lecture de l’écriture à l’école. Et lorsque des politiques de lien social se mettent en place dans les quartiers ou les habitats éloignés de la vie sociale le travail sur l’expression, le soutien aux journaux de quartier montre l’importance de l’écriture dans l’insertion, la place reconnue dans la cité.
Qu’en est-il de l’écrit public à l’heure du numérique ?
Nombre de responsables (ministères, opérateurs de contenus ou de réseaux) ont cru ou voulu croire qu’internet n’était qu’un nouveau média de diffusion, un marché de communications. Ils n’ont pas vu que le développement des réseaux répond avant tout à un besoin d’échanges entre personnes. Et pourtant, insensible à l’éclatement de la flambée financière des grands groupes de télécom, le réseau s’accroit de plus de 100 millions de personnes chaque année.
Sur internet,la plupart les innovations ne viennent pas des laboratoires des grandes firmes. Mél, web, échanges de fichiers, de musique, chat, les outils de l’internet sont nés d’usages bâtis par des groupes d’utilisateurs, autour d’envies d’échanges. Les communications de pair à pair occupent la moitié du trafic du réseau. A chaque fois que l’on introduit des hauts débits, de nouveaux usages d’échanges de musique, de photos, de jeux en réseaux se mettent en place aussi bien au niveau du quartier qu’avec l’autre bout du monde.
Aujourd’hui les outils de publication dynamiques rendent accessibles à un très grand nombre l’écriture, la publication individuelle ou coopérative sur internet.
Aujourd’hui photographie numérique, vidéo, radio sont de nouveaux moyens d’expression qui utilisent l’internet pour s’échanger, pour donner à voir.
Comme pour le mél et le web, les usages vont très vite dépasser les petits groupes de précurseurs. et toucher des centaines, des milliers de personnes. Mais l’enjeu n’est pas seulement de permettre des écrits individuels ou communautaires, au delà des outils c’est un espace d’innovation sociale et culturelle qui s’ouvre. A l’heure où le lien entre élu-e-s et habitant-e-s, le bien public sont fragilisés n’a-t-on pas ici des outils pour le lien social, la mise en réseau, la participation, la construction de sens partagé sur un quartier, une ville ou un territoire ?
Dans une société
où l’accès à internet reste minoritaire,
où la culture administrative, l’organisation hiérarchique freine bien des pratiques coopératives ou d’initiatives locales
où l’expression et le débat public sont rarement encouragées
la mise en oeuvre de ces outils demande un accompagnement.
Une politique publique d’écriture, d’initiative, de coopération peut avoir pour objet :
de réduire l’appréhension de l’outil informatique pour lequel beaucoup de personnes n’ont pas encore d’usages
de diffuser cette culture de la coopération de l’écrit public auprès de corps sociaux peu habitués
d’aller à a rencontre et donner envie d’écrire, d’être lu, d’échanger à toutes celles et ceux à qui la parole est rarement donnée
de relier sur un territoire la multiplicité des formes d’expression d’expérimenter de nouveaux modes de débat participatif qu viendront enrichir les formes parfois usées de la démocratie représentative
Spip, co-publication, Web-log expressions numériques une réalité en mouvement
Ces intentions que je voudrais faire partager ne font qu’accompagner le mouvement réel, celui de ces milliers de sites associatifs et individuels qui s’ouvrent depuis quelques mois.
En un peu plus d’un an, plus d’un millier de sites de publications se sont crées avec l’outil spip réalisé autour d’une équipe de développeurs du logiciel libre.
L’Etat, France Télécom, financent des laboratoires qui produisent des innovations technologiques, mais ce sont des personnes qui s’en emparent pour créer les outils libres, gratuitement mis à la disposition, qui sont adoptés par les usagers. Et aujourd’hui des centaines de personnes s’impliquent dans la communauté des développeurs ou celle des rédacteurs qui inventent en tatonnant des formes coopératives d’écriture.
L’écrit public n’est pas spontané.
L’accompagnement local d’une centaine de personnes, a permis la création d’une vingtaine de sites d’expression à Brest (article à paraître sur cette démarche voir déjà « La ronde des 60 sites coopératifs au pays de brest » .
Initié au sein du [réseau I3C , l’idée d’un réseau del’Ecrit public a donné lieu à ce site, créé à l’issue du Forum des usages pour donnner à voir, mettre à disposition, mutualiser les expériences de plus en plus nombreuses autour de l’écrit journalistiqes, d’expression, de contenus ouverts et des cultures numériques sur internet.
Des blogs, ces sites personnels sont tantôt page ou journal d’expression personnelle, tantôt fil d’actualité un espace d’échange se sont ouverts massivement. De nombreux journalistes ont ouverts des sites personnels très visités avec des mécanismes de syndication qui permettent d’agréger automatiquement des contenus.
Avec le million de « blogs » de jeunes qui se sont ouverts en France cette année, ils constituent aujourd’hui un phénomène de masse, méconnu des éducateurs .
La disponibilité de connexions permanentes, de débit plus fluides, la vague des appareils numériques (photo, vidéo, audio ..) ouvrent de nouveaux espaces d’expression. Radio locale, reportage photo, TV de proximité, nous ne sommes qu’aux premiers pas d’usages à inventer.
Et quelque part, ce foisonnement d’initiatives ces multiples croisements possibles loin des volontés d’appropriations marchandes des biens culturels, de brevetabilité des biens communs est porteur de vie et d’espoir.
Après les premières granules de formation proposées et jouées en 2003-2004 à la maison des Métallos (Paris - Place Publique) et à Brest, les supports de formation comemencent à être disponibles pour accompagner ce mouvement (voir la rubrique se former .
Voir aussi
"Accompagner l’envie d’écrire" paru dans la revue ATD Quart monde d’aout 2003
Quelques références d’outils logiciels coopératifs, de développements en cours
Le projet écrit public sur I3C
Accompagner les jardins d’expression et de débat public
La rubrique Ecrit-public du site @-brest qui relate les projets locaux et le dispositif d’accompagnement (une formation par semaine).
Michel Briand
[1] Je ne parle pas ici des "bornes" utiles certes, mais pour les personnes déjà familiarisées ..- )


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