Lire en ligne
Voilà plus d’une dizaine d’années que j’écris des articles pour des journaux papiers, et depuis 1995, beaucoup de mes textes sont accessibles en ligne. Au début, je dois l’avouer, j’écrivais pour un support comme pour l’autre. Et, petit à petit ma pratique a évolué. Parce que l’ergonomie a fait des progrès : les textes ont été mis en scène, les liens hypertextes se sont démocratisés. Ecrire est toujours écrire. Et, la plupart des règles qui font un texte agréable à lire sont communes aux différents supports. Mais certaines sont spécifiques.
Alors... Ecrire en ligne ? C’est d’abord trouver de bonnes réponses à une question simple : qu’est-ce que lire en ligne ? Une fois que l’on sait tout ce qu’on peut savoir du comportement des lecteurs, il n’y a plus qu’à adapter sa façon d’écrire aux façons de lire, et le tour est joué. Evidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire... D’autant que savoir comment lisent effectivement les lecteurs demande de connaître les règles générales, mais aussi de confronter ses propres objectifs à l’attitude des lecteurs que l’on espère toucher !
Il faut commencer par bien comprendre ce qu’est la lisibilité d’un texte. En anglais, on utilise “legible” pour désigner la lisibilité matérielle, typographique d’un texte et “readability” pour désigner la dimension intellectuelle et psychologique lié au processus de compréhension d’un texte lu. En français, on se contente d’un seul mot : lisible, pour recouvrir ces deux réalités. Et écrire, c’est à la fois concevoir les phrases, les textes, et tracer les lettres, les mots...
En linguistique, la lisibilité est l’aptitude d’un texte à être lu rapidement, compris aisément et mémorisé correctement. Depuis le début des années 1920, plusieurs formules ont été mises au point pour mesurer la lisibilité des textes. Elles utilisent différents éléments de la langue, comme la longueur des mots et des phrases, la rareté des mots, leur fréquence d’utilisation, etc. Ces tests donnent des résultats intéressants (voir l’exemple du test de lisibilité du traitement de texte Word ci-dessous, tout en ayant bien conscience que c’est un test assez basique). Mais on aurait tort de leur accorder trop d’attention : ils ne doivent pas être seuls juges de la qualité d’un texte, loin de là.
Ce que nous pouvons retenir, par contre ce sont les résultats de différentes études menées sur les spécificités de la lecture à l’écran.
Selon une étude de 1997, les lecteurs liraient 25 % moins vite sur l’écran de leur micro-ordinateur que sur PC. Mais ce chiffre ne tient pas compte de deux éléments :
les écrans ont fait de grands progrès qualitatifs depuis
les internautes ont plus l’habitude de lire sur écran aujourd’hui qu’à l’époque, par la force des choses.
A la vitesse où les habitudes changent et où la technologie évolue, il faut rester prudent sur l’usage que l’on peut faire de tels chiffres, même s’ils indiquent des tendances qu’il ne faut pas ignorer.
Pourtant, Jakob Nielsen, l’un des « gourou » américains du sujet va plus loin encore en expliquant que les internautes ne lisent pas en ligne, mais « scannent » les pages. Ainsi, 79% des utilisateurs " scanneraient " toujours une page en arrivant dessus et seulement 16% la lirait " mot- à- mot ". Mais cela s’explique en partie si l’on considère qu’en effet une grande partie du temps passé sur Internet est consacré à la recherche d’information. Avant de lire une page sur laquelle je me rends, je veux m’assurer qu’elle contient bien les informations qui m’intéressent, sinon, évidemment, je passe à autre chose ! Il est donc essentiel de permettre aux pages que l’on met en ligne d’être « scannées » par le lecteur, pour qu’il sache de quoi il est question. Mais on ne doit pas pour autant oublier les 16 % qui lisent ! C’est aussi, et surtout, pour eux que l’on écrit, non ?
Il faut en tout état de cause se souvenir de plusieurs contraintes dégagées par Jakob Nielsen :
lire sur écran serait plus fatiguant que sur papier
l’internaute aimerait se sentir actif : il est plus difficile de le contraindre à une lecture passive
des millions d’autres pages attendent d’être lu, il n’y a aucune raison, a priori, de s’arrêter plus longtemps sur la votre....
le temps est compté : il faut donc faire vite.
Sachant cela, il n’y a plus qu’à faire en sorte que l’art naisse de ces contraintes. On sait que si l’on veut écrire un texte long, il faudra qu’il soit bon, pour capter le lecteur à son premier passage, et l’entraîner jusqu’à la fin... C’est, finalement, une excellente nouvelle : Internet ne supporte pas la médiocrité, ou alors seulement par toutes petites doses !
On sait aussi qu’il faut faire ressortir les éléments importants pour qu’au premier coup d’œil, l’internaute sache qu’il a tout à gagner à se lancer dans la lecture. On sait, enfin, que, lorsqu’on peut faire court et bon, on n’a pas intérêt à faire long et mauvais. Tout est déjà dit ? Pas tout à fait. Maintenant que l’on a une idée un peu plus précise de ce qu’il faudrait faire, reste à déterminer, comment y arriver au mieux.
Les principaux facteurs de fidélisation des internautes* • qualité du contenu : 75% • facilité d’utilisation : 66% • rapidité de téléchargement : 58% • fréquence de mise à jour : 54% • promotions et remises : 14% • marque : 13% • technologie : 12% • jeux : 11% • options d’achat : 11% • personnalisation du contenu : 10% • chat & BBS : 10% • autres : 6% *d’après Forrester Research
Formules de lisibilité
Une fois la vérification orthographique et grammaticale terminée, Microsoft Word peut afficher des informations relatives au niveau de lisibilité du document, en utilisant les formules suivantes, en fonction du nombre moyen de syllabes par mot et de mots par phrase.
Test de lisibilité Flesch
Évalue le document selon un barème de 0 à 100. Le document est d’autant plus facile à comprendre que l’indice est élevé. Pour la plupart des documents ordinaires, une moyenne d’environ 60 à 70 est conseillée. La formule pour le test de lisibilité de Flesch est : 206.835 - (1.015 x ASL) - (84.6 x ASW) où : ASL = longueur moyenne des phrases (nombre de mots divisé par le nombre de phrases) ASW = nombre moyen de syllabes par mots (nombre de syllabes divisé par le nombre de mots)Niveau de qualité Flesch-Kincaid
Évalue le document par rapport au niveau d’études début du secondaire. L’indice 8 signifie, par exemple, que le document peut être compris par un élève ayant le niveau Brevet des collèges en France. Pour la plupart des documents ordinaires, une moyenne d’environ 7 à 8 est conseillée. La formule du niveau de qualité Flesch-Kincaid est : (.39 x ASL) + (11.8 x ASW) - 15.59 où : ASL = longueur moyenne des phrases (nombre de mots divisé par le nombre de phrases) ASW = nombre moyen de syllabes par mots (nombre de syllabes divisé par le nombre de mots)Sébastien Bailly Ce texte est tiré de mon ouvrage, Bien écrire pour le Web, paru aux éditions OEM-Eyrolles. ISBN 2-7464-0485-0
La lisibilité est effectivement "le grand enjeu" de l’écrit public. Mais à travers ce texte, Sébastien Bailly ne parvient pas à convaincre de son savoir-faire (La fluidité du style n’est pas un critère suffisant) :
Pas d’accroche
Pas de chapeau résumant son message
Texte trop long
Une hauteur d’1 écran est un maximum !
Texte trop compact
Pas d’intertitres
L’internaute est un zappeur. Le défi est, une fois accroché, de lui faire passer un message clair et simple sans qu’il décroche.
Je conseille la lecture de "La lisibilité" de François Richaudeau aux Editions Retz CPEL.
Site: Internet : à nouveau media, nouvelle écriture
Je suis heureux de voir que nous sommes d’accord sur l’importance de la lisibilité en ligne.
On peut d’ailleurs aisément reprocher à ce texte de ne pas suivre les conseils que je donne par ailleurs concernant la meilleure façon d’écrire pour le Web. Ces conseils, plus développés dans mon livre, rejoignent tout à fait les remarques que vous faites dans votre message.
Mais il se trouve que j’ai mis là à disposition des internautes un extrait de livre, et non un texte écrit spécifiquement pour Internet.
Il aurait fallu, effectivement, que le texte soit réécrit pour s’adapter à la lecture sur écran dans les meilleures conditions. Je ne l’ai pas fait. Mais, soit l’on cite un texte écrit pour un autre support, soit l’on écrit spécifiquement pour Internet. Et lorsqu’on reproduit un texte écrit pour le papier, on voit bien que cela n’est pas entièrement satisfaisant. Fallait-il, néanmoins, ne pas le faire ?
Permettez moi de préciser au passage que certains développements ne peuvent se satisfaire d’une lecture écran par écran (ce n’est pas le cas ici), il faut dans ce cas trouver d’autres moyens de retenir l’intérêt du lecteur et faciliter la lecture par "défilement vertical". J’essaierai de prendre prochainement le temps d’y revenir dans un autre article (écrit pour le Web, cette fois ? ;-)
Site: La Boîte à écrire
J’avoue que j’ai été un peu sévère dans mon jugement. Je comprends votre dilemne !
Ecrire pour internet demande un effort. Alors, quand on dispose déjà d’un texte "papier" et de peu de temps, la tentation est grande de faire juste un copier-coller !
La lecture écran par écran ? Ce n’est effectivement pas toujours facile (la meilleure preuve en est l’article sur l’hyperdebat que j’ai écrit pour ce site qui dépasse un écran en longueur !). J’attends votre article sur ce sujet avec impatience.
Site: Quelle stratégie pour les textes longs ?
Le lien vers "La Boîte à écrire" n’est pas fonctionnel.
Philippe Allard


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