Création de sites de collectivités
A ville ouverte, site ouvert
Michel Briand me demande de publier cette réponse faite à un étudiant en géographie souhaitant faire un travail de recherche sur les sites de collectivités.
Vous évoquez les atouts pour les collectivités et pour les citoyens, suggérant opportunément que ces deux référents ne se superposent pas. Mais qui en juge ? La collectivité qui a réalisé le site, c’est-à-dire la majorité au pouvoir, le service de la communication, mais en fonction de quels critères ? Les citoyens, mais comment ? Un étudiant en géographie, mais selon quelle méthodologie ?
Ces sites sont le plus souvent l’instrument d’un équipe municipale, parfois celui d’un élu, ou le produit d’un informaticien. Ils sont « leur » regard sur « leur » ville, une ville qui appartient cependant à tous. A ses habitants d’abord, mais pourquoi pas aussi à ceux qui la fréquentent ? Une ville se montre et se rend désirable. En retour, ceux qu’elle attire viennent y trouver du plaisir, y chercher des rencontres, dépenser dans les rues commerçantes, fréquenter les équipements publics ou les salles de spectacle, parfois y installer une activité économique. Donc une ville n’appartient jamais entièrement à elle-même, une ville ne se conçoit pas autrement qu’ouverte. Un site de ville est-il toujours conçu et géré de façon assez ouverte, pour ne pas tendre seulement à ses visiteurs, réels ou virtuels, le miroir de la « classe dirigeante » qui y fait ses affaires ou y détient le pouvoir ?
Donner la parole aux oppositions à la majorité en place, comme la loi sur la démocratie de proximité du 27-2-2002 le prévoit, tempère le caractère univoque des sites trop exclusivement « la voix de son maître ». Mais la loi ne prévoit pas de donner la parole à la société civile. Des sites le font cependant, en Bretagne et aussi ailleurs.
Tout comme les majorités ont leurs oppositions, certaines villes ont leur(s) site(s) « non officiel(s) ». La palette des expressions s’ouvre alors plus largement. Il y a des élus qui n’aiment pas, qui ont fait des procès et qui les ont perdus. Ce pluralisme est pourtant nécessaire pour que des opinions se forment, qu’il y ait confrontation des arguments et que la démocratie fonctionne. Mais force est de constater, lorsqu’on visite ces sites ou qu’on lit les bulletins municipaux, que les oppositions invitées à s’exprimer n’offrent pas souvent une alternative crédible, ce qui montre l’intérêt formateur de la démarche.
Ce n’est jamais évident de faire un site « non officiel », cela représente un certain travail, puis vient la question de la tenue à jour. Bien des sites officiels ne sont eux-mêmes pas tenus à jour. Mais il arrive aussi que des sites non officiels soient plus vivants que les sites officiels. Pour faire simple, il y a bien la possibilité d’avoir recours au Spip, mais pour que le site non officiel ne ressemble pas à une page du code civil, il faut quand même y passer un peu de temps.
Mais nous avons maintenant les blogs, résurgence de la vague libertaire et de prise de parole des débuts de l’internet. C’est très facile pour un élu, un futur élu ou un citoyen de base, de faire son blog et d’animer la vie locale par des informations plus obliques, une approche personnelle, ou en ouvrant un débat. Les blogs offrent facilement à tout un chacun la possibilité de concevoir un habillage en harmonie avec le contenu. Parfois une ville a un bon blog face au site officiel, comme elle peut avoir un bon bistrot. Il y a même des sites de villes qui se déguisent en blog, mais c’est là une autre affaire.
La démocratie participative, voilà bien pour beaucoup d’élus un nouvel « emmerdement ». Les fonctionnaires n’aiment pas trop non plus, c’est davantage de travail et du pouvoir à partager. Une faille dans l’échange de bons procédés qui rend les élus et les fonctionnaires territoriaux complémentaires. Pourtant il faut bien y venir et pas seulement faire semblant. Tirer une question au hasard, parmi celles suggérées par les internautes et y répondre au conseil municipal, ce n’est pas encore tout à fait ça. Une information pluraliste et la possibilité de débattre en seraient le commencement.
Suffit-il d’ouvrir un forum, ce qui est d’ailleurs peu fréquent ? Lorsqu’un forum existe sur un site de ville, il n’est pas rare que le modérateur mette en ligne votre intervention trois jours plus tard lorsqu’il y a un WE entre. Dès lors qu’une question n’est pas badine, il faut la soumettre au chef de cabinet, lui laisser préparer une réponse lorsqu’il est d’une infinie compréhension à l’égard de ce nouveau média qu’est l’internet. Bonjour l’interactivité ! Ces forums modérés à piori pendant les heures ouvrables, ne font généralement pas long feu.
Vous posez la question de l’utilité. Un site peut centraliser beaucoup d’informations utiles aux habitants d’une ville ou à ses visiteurs, et les mettre à la disposition de tous. Il peut offrir ou relayer tout ce que nous offre l’e-administration. Mais le site d’une ville peut-il se limiter à ces utilités ? Il y a des sites qui ont un charme fou, qui donnent envie d’aller visiter une ville, sans pour autant que le catalogue de ces fonctionnalités y soit déployé. Vous nous direz peut-être pourquoi ?
Un site n’est pas seulement utilitaire. Lorsqu’il revêt par trop ce caractère, on tâche de lui donner des couleurs, de mettre des décorations pour « faire joli ». Et il y a encore des sites qui ressemblent à des sapins de Noël, parsemés de zigouigouis comme ces petits chiens animés qui traversent une page, ou ces panneaux empruntés à l’iconographie des travaux publics, qu’affectionnent certains informaticiens du web pour signaler les parties en construction.
Un site est un travail de création, ce que le secteur institutionnel, avec ses sites bien léchés, ou les collectivités locales, avec des sites joliment décorés des armoiries de la ville et de photos des parcs et des édifices publics, ont parfois du mal à comprendre. Un site associe des talents d’organisation de l’information, d’écriture (l’écriture du web est plus concise, avec éventuellement une pointe d’impertinence), de mise en page, sur la base d’une charte graphique et d’éléments graphiques qui ne sont pas la répétition de « ce qui se fait ». Le flash apporte ses plus à l’intérieur d’un site, plus qu’il ne fait « tourner manège » en page d’accueil.
Il est difficile de rivaliser en interne avec ce que peuvent faire des webdesigner confirmés, qui ne travaillent d’ailleurs pas seuls, mais avec toute une palette de talents. Le temps où une personne était embauchée dans une ville pour faire un site, c’est-à-dire apprendre à le faire et en faire un seul, puis le tenir à jour lui seul, est révolu. Il vaut mieux avoir un site en Php avec ses formulaires de mise à jour, ou un site en Spip, et se concentrer sur les contenus et une mise à jour réactive. Avec un site en Php, ce travail de mise à jour peut en outre être partagé entre plusieurs services, tant il est aisé. Le webmestre est là pour faire en sorte que tout se passe bien.
Une liste de sites ni représentative, ni exhaustive :
Un site agréable et fonctionnellement très abouti : http://www.aubagne.com/
Un site doté de toutes les fonctionnalités souhaitables : http://www.dracenie.com/
Un exemple intéressant de démocratie participative : http://www.ville-saint-denis.fr/
Un site de conseil de développement très élaboré : http://conseil-developpement.agglo-paysdaix.fr/
Deux blogs d’expression indépendante ou d’opposition : http://leromanais.blogspirit.com/ / http://www.monputeaux.com/
Un site « non officiel et citoyen » d’intercommunalité : http://www.cabsd.com/
Un site de village donnant la parole aux oppositions et à la société civile : http://www.cuges-les-pins.fr/viemunicipale.php ?mn=3&num=3
On peut sortir du formalisme habituel : http://www.ciebeaugeste.com/

merci pour cette excellente présentation.
est-ce que tu pourrais parler un peu de ta propre expérience, de ce que tu fais ?
quid de l’étudiant qui a servi à provoquer ce texte ?
je ne partage pas ton analyse sur la difficulté de produire des sites attrayants : je crois que les blogs permettent tout à fait de la qualité avec très peu d’apprentissage technique.
C’est là que le bât blesse pour spip parce que les fans de spip continuent de faire semblant que c’est facile à apprendre alors que dans la plupart des cas -cad qund on est seul face à la doc- ça ne l’est pas.
C’est beaucoup plus compliqué que de commencer un blog avec blogger, blogspirit, typepad ou un autre.
Il serait donc beaucoup plus efficace (à mon avis) de chercher à proposer des versions libres de services similaires que de continuer à croire que spip est utilisable très largement, ce qui est faux.
Au moins tant que spip ne proposera pas un didacticiel pas à pas pour tous ceux qui -comme moi- n’y connaissent rien.
Ce qui ne m’a pas empêché de développer plusieurs blogs (voir la liste sur www.blogvert.org ou www.voiceofbainbridge.org)
Donc vive les blogs et les webradios (beaucoup trop ignorées à mon avis) et vive une coopération plus active entre celles et ceux qui veulent que ça bouge plus vite.
PS : je suis encore basé aux USA mais je cherche à revenir en France.
Je cherche une boulot de blogger/promoteur de webradio.
Si vous connaissez une collectivité qui cherche quelqu’un pour faire ce genre de travail d’information démocratique/participative locale, merci d’avance de me l’indiquer et/ou de leur signaler que je cherche !
je viens d’en voir un au Creusot mais je n’y connais personne et je me demande si c’est pour créer la Voix de son maître ou un truc plus intéressant.
Site:
Pour ce qui est de ma propre expérience, il faut aller voir Revenons à nos moutons et le point de vue exprimé dans le site Bretagne Armorique.
Il nous arrive de faire des sites à connotation citoyenne ou de débat, pour le fun, mais ce n’est pas notre métier, qui se situe dans le diagnostic économique et l’intelligence territoriale. Je n’aime pas davantage ce mot que celui d’intelligence économique ou de développement durable, utilisés pour faire croire qu’on a inventé quelque chose de plus nouveau ou de plus propre.
J’ai peut-être été un peu confus, je crois comme toi que le blog offre la possibilité d’une valeur ajoutée dans la présentation du contenu. Davantage que le Spip, qui n’est effectivement pas aussi simple qu’on veut le dire, et où l’on a cru mettre à la portée de tout le monde la réalisation d’un site. C’est plus une idée d’informaticien qu’une idée de création graphique. On croit encore largement au sein du web, et en particulier dans les zones du web collaboratif et citoyen, que ne compte que ce qui est dit, peu importe l’emballage.
Et bien nom, le web est un média à part entière, où l’on peut faire œuvre de création (je précise « graphique » pour me faire comprendre, mais c’est plus large que ça), et pas seulement propager des tracts militants, comme si le fait de ressasser des mots d’ordre, allait comme par magie changer le monde.
Lorsque je regarde un site d’Attac, je suis terrifié par la pauvreté de l’imaginaire avec lequel il connote, et dont apparemment se satisfont ses militants. En matière de militance, ce site me paraît d’une autre efficacité. Mais il faut entrer dans la problématique du web créatif. A moins qu’aucun artiste ne se sente de promouvoir les thèses d’Attac ? C’est si simple de s’imaginer pouvoir taxer les plus-values spéculatives. Mais c’est porteur de le dire et Chirac ne s’en est pas privé.
Trouver un job de blogueur ou de promoteur de webradio ? Blogueur oui, mais ce n’est pas une activité professionnelle rémunérée. Pour ce qui est des webradios, je n’ai pas d’idées ni ne suis dans ce milieu. Reste le champ des webmestres pour les sites de collectivités qui disposent d’un forum. A voir leur faible réactivité et la très faible capacité des webmestres pour enrichir un contenu ou relancer un débat, il doit exister des perspectives. Il faut alors être sur que vous ferez mieux, intéresser un élu, un service de communication, et prendre la place de quelqu’un qui est déjà installé là bien au chaud ..
L’étudiant qui avait posé la question des sites de collectivités sur la liste de discussion de l’AIT est Olivier Gondcaille : oilgonk@hotmail.com Il a l’adresse de cet article.
Site: Réponse à Philippe Boucher
Le web comme lieu de création : http://www.complexification.net/
Mais on peut aussi prendre le parti du moche pour mieux faire ressortir la qualité du fond : http://www.eleves.ens.fr/attac/
Site: Forme graphique des sites


Poster un message
Créer, animer un site
